27 février
Sans tambours si trompettes




Ça me fait tout drôle quand j'y pense. Deux ans, presque à heure suite, j'ouvre mon cœur à des étrangers.

Et moi qui fuyais mes états d'âme. Voilà que depuis deux ans, je ne les fuis plus, je les regarde par une lorgnette que j'ai formée moi-même. À la loupe, je les scrute, je les dissèque, je les tourne de tous bords, tous les côtés. Je farfouille dans tous les sens, un semblant d'identité. Je suis sur mon clavier mais au travers de l'écran, je suis une autre ou bien la même, mais j'ai 30 000 identités, aux fils des jours, des nuits, je me refais dans des mots qui viennent de moi.

Parfois je m'aime, parfois je me déteste. Mais une chose est sûr, c'est que depuis que je m'épanche tous les jours, j'existe. Je suis certaine que si je mourais demain, ma vie n'aura pas été un morceau de beurre dans une poêle brûlante, laissant seulement échapper des vapeurs grasses dans l'air. J'aurai existé dans la tête de dizaines de personnes qui ont su lire entre les lignes d'une tête, d'un cœur.

Mais cette année, c'est sans tambours ni trompette que je fête cela. Une bonne bière, un coup de grisou dans mon cœur asphyxié. Entre l'université, le boulot et les petits restes, je n'ai guère le temps de me faire plaisir.

Alors je fête en solitaire comme j'écris ces pages. Mais ce n'est pas dans la tristesse mais dans un énorme coffre à souvenirs que je fête. Des souvenirs, en tête-à-tête avec moi et mon cœur, je veux me souvenir.

Entre un plat de vermicelle au beurre pour les souvenirs d'enfance, la bière pour les soirées adolescentes de rébellions et la chandelle pour les nuits qu'on aurait voulues éternelles, je me retrouve dans ce triangle cosmique, je réfléchis pour éviter que quelque chose m'échappe.

* * *

Ils n'ont pas été nombreux mais précieux. Place à eux ! :

Laissez-moi vous montrer le monde avec mes yeux. C'est un titre qui chante pour moi. Depuis deux ans que j'accède à cette page, j'en viens presque à l'oublier. Mais la Zuby, je ne l'oublie pas. Est-ce que la Zuby chante tous les matins au lever ? Les paupières encore lourdes, le café fumant sur un coin de table, elle s'assoit devant son ordi. Et si l'inspiration vient, c'est une nouvelle tranche de vie, une petit fenêtre ouverte sur le monde, que nous aurons le droit de découvrir quelques heures plus tard.

Il y a eu ce reportage dans Branché où elle fit une apparition. Apparition est bien le mot choisi, car les pixels qui bougent en Real video, c'est pas vraiment tip-top au point de vue technique. Je crois me souvenir qu'elle disait "Mais attends donc de me connaître !". Vérification faite, elle n'a pas vraiment dit ça, mais c'est pas grave. Qu'est-ce que je connais de Zuby ? Beaucoup et pas grand chose. C'est curieux comme le temps se compresse, se dilate. J'ai voulu rechercher certaines entrées, et je n'ai pas retrouvé le passage où elle évoquait la mort de sa grand-mère.

Quoi d'autre ? "Le ridicule ne tue pas ou les pieds palmés". Pourquoi j'ai retenu ça ? Et puis ces rencontres à la pâtisserie (?). Je pense notamment à sa vielle institutrice, usée par la vie, qui la reconnaît derrière le comptoir.

Et puis, soyons chauvins un peu... Là où elle m'a fait (beaucoup) plaisir, ce sont ses récits d'outre-flaque, quand elle fit le grand saut pour rencontrer ses amis et Gargil. Madame Zuby redevint petite Zuby in Paris, et ouvrit bien grand ses yeux et ses oreilles pour ne pas en perdre une miette.
A l'heure où les petites Zuby vont au lit, moi aussi j'aimerais bien qu'on me raconte d'autres histoires...

N.


Bonjour Zuby,

Je t'écris pour te donner la raison ou plutôt les raisons qui font que je te lis à chaque jour. En tout premier, je constate que tu es vraie, que tu es toi-même sans artifice. En second, j'ai le plaisir de découvrir en toi une sorte de battante spéciale, unique qui se construit à chaque jour et dernièrement je vois que tu n'imites personne, que tu es véritable et je te félicite pour tout cela.

Paul



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