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14
février
Je reste
convaincue que je fais ce putain de métier pour une unique
et seule raison, ces petits moments-là.
Ça me donne l’impression de mordre dans une mangue bien
mure en plein hiver. Décidément, les fruits avec
moi… Pfff! Ça me marque cette semaine !
* * *
C’était la fin de l’après-midi et les élèves
de mon cours d’arts plastiques en avaient aussi marre que moi.
Je ne voulais pas qu’ils s’acharnent sur leur production
par dépit. Alors je leur ai proposé de faire des dessins
que je pourrais afficher sur mon tableau d’affichage du corridor.
Elles dessinaient bien
tranquillement quand l’une d’elles m’appela.
- Tu crois que je peux dessiner à mon personnage
des … des …
Elle cherchait ses mots
tout en faisant mine de tenir deux gros melons devant elle.
- Des … … des …
Moi qui savais trop bien
de quoi elle parlait, je n’allais pas la laisser s’en tirer
à si bon compte.
- Des quoi ?
- Des … … (en chuchotant) des «Marmelons»!
- DES «MARMELONS» ?!
Un mélange de «melon»,
de «marmelade» et de «mamelons»
pour décrire des seins. Quoi de plus poétique pour
une journée de St-Valentin !
* * *
Je me suis rendue comte que j’ai commencé à faire
un truc idiot au cinéma : je ris fort et je passe des
commentaires tout haut comme si j’étais dans mon salon.
Je crois que je ne vais plus assez au cinéma et je regarde
trop de film chez-moi. M51 et
moi sommes allés au cinéma pour notre St-Valentin.
Nous sommes allés voir «Comment ma mère accoucha
de moi durant sa ménopause» dans une grande salle
de l’Est de la ville.
C’était en fin d’après-midi et j’étais
complètement épuisée par ma semaine qui fût
tellement difficile.
Pendant tout le temps du film, je n’ai pas arrêté
trente seconde
Je ne suis aperçue de rien jusqu’à la fin du film
où je me suis levée debout pour sortir et que j’ai
vu la tête de mes voisins. Parano me direz-vous, je ne
suis pas certaine. Ils me détaillaient en chuchotant.
J’ai fait ce que je fais toujours, j’affronte le commentaire
avant d’entendre murmurer dans l’allée «C’est
elle qui parlait tout le temps pendant le temps durant le film!»
C’est moi qui l’ai dit :«C’est moi la fatigante
qui parlait et riait fort pendant le film.» J’ai vu des
regards se baisser et des murmures se taire. Ah! Ah! (FamiliPrix) Je
savais bien que j’en avais agacé.
J’ai posé la question à M51dans la voiture en rentrant
et bien évidemment, il n’avait rien remarqué.
* * *
15
février
J’avais envie de vous parler de ma patronne ce matin, mais je
me suis rendu compte que ça me rendait anxieuse de parler
de ça le samedi matin lorsque je suis dans mon pyjama
à boire mon café. Alors je vais éviter le
sujet pour ce matin si ça vous dérange pas trop.
* * *
Mais je peux vous parler de mes collègues avec qui je
m’entends de mieux en mieux. Un soir de cette semaine, j’avais
un boulot monstre. Je voulais à tout prix terminer tout
ce que j’avais à faire pour être certaine de ne rien
rapporter à la maison après.
Je suis descendue au photocopieur à une heure où
j’étais certaine que je ne rencontrerais ni la directrice,
ni la travailleuse sociale, ni personne qui aurait quelque chose
de très très important à me dire.
En remontant, j’ai
croisé une collègue que je trouve sympathique, mais
avec qui je n’avais pas réellement pris le temps de discuter.
Elle m’a demandé si j’allais mieux (j’ai eu
une semaine d’enfer et mercredi, j’ai craqué comme une
gamine). Je lui ai dit que j’allais mieux et PAF! Les choses ont
dégringolés. Nous sommes restées appuyées
sur le cadre d’une porte et nous nous sommes mises à placoter
et à placoter encore. Comme nous étions dans un
lieu passant, toutes les autres enseignantes qui devaient passer
par-là pour aller au photocopieur ou pour partir se joignaient
à nous et alimentaient la conversation. Toujours est-il
que je suis partie avec une montagne de boulot à la maison
parce qu’à 17h00, il y a le concierge qui vient balayer
ma classe et je crois que je préfère la truffe mouillée
de Lalou sur mes beaux pantalons aux conversations insipides du
concierge.
* * *
Je crois que je vais reprendre les UV cette semaine. Je croyais
que l’auto bronzant ferait un effet similaire, mais je ne crois
pas.
J’ai envie et besoin qu’il fasse chaud, j’ai besoin
de lumière intense.
Malgré les inquiétudes de certaines lectrices,
mon moral ne passera pas à travers une autre semaine de
froid intense si je ne lui offre pas une petite séance d’UV.
Et pendant ma relâche, je vais aller me faire masser question
de ne pas craquer une autre fois.
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