Qui suis-je Qu'est-ce qu'on raconte sur moi
Ils font ma vie Pour en lire encore


3Mars 2001
L'ego et l'orgueil bousculés

Ce que le lis présentement : Préférez-vous les Icebergs ? de Christine Brouillet
Note pour l'auteur: Respirer par le nez à l'occasion ne fait pas de tors

Quand ce n'est pas l'ordinateur qui déconne, c'est l'électricité qui déconne. Je ne suis pas certaine de pouvoir terminer ce billet à temps avant que l'électricité reparte. Et ils ne font pas ça la semaine quand tout le monde est au travail. Nonnnnnn ! Ils font ça le week-end quand tout le monde se fait cuire des œufs et du bacon pour le petit déjeuner. Et dire qu'ils nous promettent que ça va recommencer...

* * *

Je ne m'en cache pas que j'ai un ego et un orgueil gros comme ça et qu'ils sont tous les deux excessivement facilement chatouilleux, qu'ils se bousculent à rien. C'est pas nouveau. Ça me cause des problèmes.

Ça faisait des mois que je savais queMO voulait engager une nouvelle gérante avec beaucoup plus de responsabilité. Elle ne supportait plus de travailler 7 jours semaine 12 heures par jour et c'est totalement compréhensible. Elle a eu la présence d'esprit de m'offrir ce poste ainsi qu'aux autres responsables avant de commencer les entrevues. Elle savait que dans mon cas, je refuserais parce que cela signifierait que j'augmente mes heures de travail du tiers et avec l'université et mes stages, c'est impossible.

Toutes les responsables et moi s'étions dit qu'on pourrait à la limite se séparer toutes les tâches que MO voudrait déléguer. Mais non, ils ont engagé une nouvelle gérante n'ayant jamais travaillé dans le milieu de la boulangerie.

Évidemment que je voyais tout ça d'un très mauvais œil. Je me demandais si elle n'allait pas se mettre à lui déléguer certaines de nos tâches à nous les responsables. J'étais très nerveuse face à cette nouvelle arrivée et je n'osais le dire à MO de peur qu'elle me prenne pour un bébé.

Mais hier, cette nouvelle, qui ne connaît encore rien aux magasins, aux habitudes des clients et des employés, s'est mise à me bousculer, à me donner des ordres, presque à me chasser de mes responsabilités. Je comprenais qu'elle veuille prendre sa place dès le départ mais là, c'était d'un ridicule. Les ordres qu'elle me donnait et donnait aux filles n'avaient ni queue ni tête. Elle ne comprenait pas.

J'ai fini par lui dire :
- Regarde ! Ça fait deux ans que je travaille ici et je sais ce que j'ai à faire. Si je ne sais pas, t'inquiète, je sais à qui demander ! Je me disais que c'était impossible que MO lui ai demandé de me surveiller. Elle sait très bien que je fais très bien mon travail et ... et si ce n'était pas le cas ? Et si MO en avait assez de mon travail et qu'elle n'osait pas le dire ? Elle aurait chargé la nouvelle de me réformer ?

Vous ne pouvez pas nous imaginer toute la peine que j'ai ressentie au moment où je me suis mise à penser à ça. Du chagrin mêlé de colère et d'orgueil en mille miettes. J'avais un mal fou à contrôler mes larmes. Toutes les autres responsables qui marchaient autant sur des œufs que moi depuis le matin se sont vites aperçues que quelque chose n'allait pas. Mais par soucie de ne pas influencer les autres à mon propre jugement, je ne laissais aller que de petits commentaires du genre : On me marche sur les pieds et j'ai l'ongle incarné qui me fait mal. Les filles me connaissent assez pour savoir que je parle en parabole et que ça veut dire quelque chose.

Mais l'heure de la pause a sonné pour moi et j'ai craqué. Je me suis mise à me répandre en larme. Je sanglotais et n'arrivais pas à me contrôler.
- Je ne me sens pas bien avec ça !(HIC!) Je sens que je perds ma place !(HOC!) Qu'est-ce que j'ai fait de mal? (re HIC HIC!) Je veux rentrer à la maison ! (HIC! HOC!)
Là-bas, le bureau de MO est attenant au salon des employés. Mais je ne savais pas qu'elle était dans le bureau et qu'elle entendait tout ce que je disais. Je suis partie aux toilettes et je quand je suis revenue, elles avaient toutes l'air grave :
- Elle veut te voir dans le bureau...
MERDE! Merde merde merde et remerde ! Pourquoi j'ai pas fermé ma grande trappe ?
Quand je suis entrée dans le bureau, elle me souriait amicalement ce qui n'est pas chose courante. Elle me souriait comme une mère sourit à son enfant qui s'est fait mal. Un sourire tendre mêlé d'inquiétude. Elle m'a offert de m'asseoir un instant et de respirer un bon coup. Elle m'a demandé de recommencer du début en lui donnant des faits.
- Et qu'est-ce qui a pu te faire croire que je n'étais pas satisfaite de ton travail dans tout ce que tu viens de me dire ?
- ...
- C'est vrai que c'est un peu vite que la nouvelle gérante prenne sa place. Elle ne savait pas que tu étais responsable. Je vais lui parler. Pour toi, les choses ne devraient pas réellement changer. Tu vas continuer à relever de moi si tu aimes mieux ça comme ça. J'ai plus confiance en ton seul travail qu'en celui d'une douzaine de filles réunies ici.
- MO, j'aime mon travail ici. Je sens qu'on reconnaît mon travail, mes qualités, même mes manières peu orthodoxes de gestions passent maintenant. Les filles ont confiances en moi et je ne voudrais pas que cette chipie vienne me saper tout ça.
MO ma regarder avec son sourire tendre et compréhensif que je ne lui connais pas beaucoup. Elle m'a passé une main dans les cheveux et sur mon visage qui ruisselait encore.
- Je suis heureuse que tu aies réussi à le dire. C'est très fort de ta part. Va prendre une marche. Va te calmer et reprendre tes esprits. Tu ne voudrais tout de même pas lui montrer qu'elle peut te faire pleurer, elle pourrait se mettre à l'utiliser contre toi ! me dit-elle avec un sourire complice
- Mais je dois remonter...
- Je vais aller te remplacer. Va prendre l'air et revient quand tu te sentiras mieux.

Mon Dieu ! Ai-je mérité autant de compréhension et de gentillesse d'une femme dont j'ai douté de l'intégrité ? Comment ai-je pu être aussi idiote. Quand je suis revenue, quinze minutes plus tard, elle m'avait bourré de travail de " responsable ".
Je me sens tellement idiote. Je me sens complètement ridicule. Les autres filles m'ont supportée moralement tout l'après-midi. Dès que la nouvelle s'approchait de moi, une fille venait me voir pour me poser une question. Elles s'étaient fait une banque impressionnante de questions capitales. J'étais soudainement impressionnée par la solidarité des filles.

C'est trop idiot d'avoir un ego et un orgueil si gros et si fragiles à la fois.

Il y a un an

Il y a deux ans

Il y a trois ans

retour à la maison   || 27 février  || 5 mars   ||  Le monde avec mes yeux