9 juillet
Suffisance Française

J'ai souvent remarqué que, ce que pense le cerveau et ce qui sort de la bouche, c'est souvent deux. C'est comme si le flux énergétique d'une pensée était victime d'un court circuit quelque part en chemin ou c'est comme s'il passait au travers divers filtres qui distortionnent tout jusqu'à la bouche.

C'est parfois une chance parce qu'avec le paquet d'âneries que les clients me sortent en ce moment, j'aurais déjà perdu mon job. Alors ça donne des trucs en parallèle :
- Vous pourriez me le changer s'il-vous-plaît? Je n'aime pas ça! J'ai à peine mordu dedans !
- Bien sûr monsieur, contre quoi voulez-vous le changer?
- (Et quoi encore? Tu crois que je peux le revendre? Mais oui! Tu n'as mordu qu'un tout petit bout cornard!)

- Excusez-moi! J'ai demandé un allongé avec un peu de lait chaud à part! Votre collègue m'a facturé un café au lait!
- Ah! Oui? Bizarre!
- (CAFÉ + LAIT CHAUD = CAFÉ AU LAIT même si c'est toi qui le mets dedans espèce d'enfoiré! )

- Est-ce que vous pourriez couper la lasagne en petits morceaux sans que ça n'est l'air d'un tas de boue informe? C'est pour maman qui n'a plus de dent.
- Avec plaisir, je vais faire tout en mon pouvoir!
- (En plus de n'avoir plus de dents, elle n'a plus de mains ta mamie? Encore pire, tu es impotent? Non! Je suis certaine que tu ME prends pour ta maman.)

* * *

Là, je sens que je m'aventure dans un terrain glissant vu que j'ai des lecteurs français mais ça fait trop longtemps que je me retiens de dire ce que je pense pour me taire aujourd'hui.

J'en ai assez de la suffisance des Français chez-nous. Du " C'est tellement mieux chez-nous qu'ici" . Je travaille dans ce que j'appelle, un nid de Français. Mes deux patrons sont Français, les deux autres responsables sont Françaises, tous nos boulangers et pâtissiers sont Français et je travaille avec quelques Françaises qui ont suivit leur mari dans la cavale vers l'Ouest, dans ma cabane au Canada. J'ai toujours adoré la France et ce qui est Français. SAUF, les Français en exile qui se permettent de critiquer notre culture, nos valeurs et notre accent.

Je me souviens la première semaine où j'ai travaillé là. Une responsable s'était mis à se moquer de mon accent. Au début, je croyais qu'elle le faisait pour me taquiner. C'est quand je l'ai entendu dire : " Vous les Québécois, vous vous moquez de notre accent en trou de cul de poule. Mais je dois dire que vous parlez tellement mal, c'en est d'une tristesse! " À ça, j'ai pas pu faire autrement que de répliquer : " Je te signale que je suis ici chez-moi! Jamais en France je me serais permise de critiquer votre accent. Aie un peu de respect pour les gens qui t'accueillent! " Tout ça c'est une forme de racisme.

C'est quand j'entends une de mes jeunes collègues qui a suivit son mari dire : " Didier et moi, on hésite à faire un gosse ici. Vos écoles sont nulles à chier " et elle sait très bien qu'elle parle à une future enseignante. C'est vrai! C'est tellement mieux chez vous. Merde, on a nos faiblesses mais moi je suis passée au travers de ce système nul à chier et je n'en suis pas morte!

Le fils d'un de nos collègues a décoré sa voiture aux couleurs de la France quand ils ont gagné le Championnat d'Europe. Résultat : sa voiture s'est faite vandalisée.
- Y'a qu'ici qu'on peut voir une connerie pareille! C'est un manque flagrant de respect pour nous les Français qui venons vous apporter tant ici!
Y'a pire! L'autre client qui se plaignait que le pain n'était pas assez croustillant. Il dit à ma patronne que ceux qui aiment ça devraient manger du pain Weston (pain de mie) et qu'il faut les éduquer ces pauvres petits Québécois! J'ai bien failli lui sauter dessus pour le mordre!

C'est très difficile d'entendre des gens qui ont quitté leur pays parce qu'ils n'y étaient plus bien, critiquer le notre. C'est comme si j'allais m'installer en France et que je me permettais de critiquer leur système. Je suis certaine qu'on me remettrait dans le prochain avion de Air-Canada sur un vol direct.

* * *

Je pars trois jours pour rejoindre M51. J'en ai bien besoin. J'ai besoin de me changer les idées, de voir un peu de monde. À mercredi...




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