13 juillet
Translucide corps

Dans une petite robe noire d'une simplicité désarmante, un corps que dis-je, une forme presque un croquis ou un dessin. Elle n'est plus que l'hologramme d'elle-même. Un corps où la troisième dimension n'est plus qu'un jeu de devinette.

- Tu te souviens de moi ?
- J'aimerais mieux pas… J'aimerais mieux que ça ne soit pas toi vois-tu.
- Tu viens souvent dans le quartier?
- Je travaille dans le bout.
- Je dois faire mes courses, on marche un peu?
J'avais peur de marcher avec elle. J'avais peur qu'elle se casse en deux au premier coin de rue. Si j'avais tendu l'oreille un peu plus, je suis certaine que j'aurais pu entendre ses os s'entrechoquer.
- Ça faisait longtemps non? Tu vas bien? Tu es en santé?
- Oui! Je vais bien. J'ai encore perdu du poids!
- Ah! C'est ça!
- Je suis souvent toute seule, je ne vois plus grand monde. Je suis en vacances.

Elle n'a plus qu'un ruisseau, un filet de voix. En faite, elle n'est plus qu'une ombre, c'est peut-être un fantôme?

* * *

Au secondaire, il y trois types de filles : les poupounes qui courent après tout ce qui portent une culotte! Il y a les grosses boutonneuses comme moi qui s'en foutent un peu parce que c'est mieux que de se faire des illusions. Et il y a une troisième catégorie, celles qui se cherchent et qui expérimentent et qui expérimenteraient même avec les grosses boutonneuses parce qu'elles n'ont pas beaucoup de moyens de se défendre.

Elle avait voulu tester son lesbianisme sur moi. Elle n'était déjà pas bien grosse. Sans mépris, je l'avais repoussée. Même si en apparence, les garçons ne m'intéressaient pas beaucoup, je savais déjà d'or et d'emblée que j'aimais les hommes.

Je savais que je n'étais pas la première à qui elle faisait le coup mais elle offrait une amitié tellement sincère et entière que pour une fille comme moi en quête constante de sentiments sincères et profonds et qui fuyait les amitiés de circonstance, je m'étais laissée approcher par elle. Ce qu'elle cherchait n'était pas bien méchant. Sauf qu'on ne connaît pas grand chose à rien quand on a 14 ans ! Je ne savais pas que de se laisser toucher par une autre fille ne voulait pas nécessairement dire que j'étais lesbienne. Alors dans un geste peut-être un peu brusque, j'avais repoussé ses mains et sa bouche.

Je ne croyais pas que ça pourrait gâcher quoi que ce soit entre nous. Puis elle s'est faite méprisante à mon endroit. Elle avait pris ça comme un refus de ce qu'elle était. Elle avait tout mélangé. Ou est-ce moi qui avait tout mélangé? Est-ce peut-être un peu tard pour y penser?




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