22 juillet
La petite princesse

Quand on travaille à temps plein quelque part, on s'imagine qu'on connaît la plupart des habitués et leurs petites manies. On s'imagine que plus grand chose ne pourrait nous impressionner.

- Je voudrais une soupe!
J'avais beau écarquiller les yeux, je ne voyais personne. Je n'entendis que cette petite voix
- Je voudrais une soupe!
J'ai du me lever sur la pointe des pieds pour apercevoir le dessus d'une petite tête. Elle se recula un peu pour me voir.

- Je voudrais une soupe!
- Une petite ou une grande?
- Une petite, pour manger ici.
- Tu es toute seule?
Et elle ne me répondit pas. Elle se recula encore.
- Je voudrais une petite soupe pour manger ici avec un thé glacé et une éclaire au café.
Toute mignonne qu'elle était. De longs cheveux très noirs, une ribambelle de trombones colorés attachés les uns aux autres lui servait de décoration dans les cheveux.

C'est pendant que je la détaillais admirative que ma collègue qui s'occupe de ce service habituellement est remonté de sa pause.
- Tu as oublié son thé glacé!
- Tu sais ça comment?
- Elle vient ici tous les jours. Tu dois lui apporter son plateau dans la salle à manger pour qu'elle n'en renverse pas partout.
- Elle vient tous les jours?
- Oui et elle prend toujours la même chose.
- Et elle est toujours toute seule?
- Apparemment.

J'en ai eu des frissons partout. Pas plus de 8 ans et on l'envoie manger sa soupe toute seule au café. Elle n'a pourtant pas l'air malheureuse. Elle est tellement belle. J'avais envie de la prendre dans mes bras.

Je me suis mise à aller l'espionner. J'avais envie de retenir ces grandes mèches noires qui menaçaient de plonger tout droit dans sa soupe. J'avais envie d'essuyer cette longue coulisse de thé qui lui coulait dans le cou et de chasser les quelques miettes qui ornaient son chandail.

L'envie de la prendre dans mes bras tout à-coup et de la bercer un peu. Elle avait le regard un peu trop sombre à mon goût. Je me suis prise à imaginer que ma fille pourrait lui ressembler plus tard. Des yeux noirs comme les miens et des cheveux noirs comme ceux M51.

Sans vouloir juger quelqu'un, je me demandais comment pouvait-on laisser une petite fille comme celle-là, venir ici toute seule tous les jours. Elle n'avait donc personne pour s'occuper d'elle, pour lui faire à manger? L'heure de ma pause approchait et j'espérais qu'elle ralentisse un peu le rythme auquel elle avalait son éclair pour que je puisse m'asseoir quelques instants avec elle. À l'heure dite, je suis allée m'asseoir avec elle.

Elle m'a jeté un drôle d'air et s'est glissée en bas de la banquette.
- Bon appétit! qu'elle me lança. Et elle partie en laissant son bol là. J'ai fini ma pause toute seule encore pleine de ce dernier regard qu'elle m'a lancé.

* * *

Je suis une pauvre victime de la consommation. Depuis un an, je possède un téléphone cellulaire numérique mais depuis près de six mois, je ne l'utilise plus. Trop gros, trop vieux et de moins en moins utile. Alors hier, je prends mon courage à deux mains et je téléphone à la compagnie pour annuler mon abonnement.

Je passe donc par tous les rouages du système, faite le 1 fait le #, faite le 4. Pour finalement tomber sur une voix qui me répond en anglais. Je leur explique mon cas. Il m'offre une litanie de petits trucs, entre autre, un appareil tout neuf! Le dernier modèle! Je réfléchie un peu… Tous les services d'un paget gratuitement, plus j'hésite, plus elle en met. Service de téléréponse gratuit pour trois mois, j'hésite encore, je vais l'avoir, elle m'offre l'afficheur pour trois mois gratuit encore. Mmmmm? Je ne sais pas trop… Et livré chez-moi gratuitement par-dessus le marché. Je serais bien idiote de refuser ça. Mais même si je presse le citron, j'ai quand même l'impression que c'est encore moi qui se fais avoir.

* * *

Si je n'ai pas le temps d'écrire demain, je vous annonce d'emblée que je parts dimanche soir pour la campagne. Je m'en retourne faire le plein de bisous, de câlins et d'images reposante.

Plus j'y vais, plus j'ai envie d'y rester. La ville me pèse lourd. Je ne suis allée au centre-ville que trois ou quatre fois depuis le début de l'été. Rien ne m'agresse autant que de me sentir épiée par tout les quêteux de la rue. Rien ne m'énerve plus que de me faire réveiller par un camion sous ma fenêtre le matin. La décision est prise, je finis mes études et je m'exile!




Il y a un an

deux ans

retour à la maison   ||  21 juillet  ||  23 juillet   ||  Le monde avec mes yeux