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Sherbrooke, ville de 100 000 habitants, 50 000 policiers en service qui n'ont pas grand chose d'autre à faire un dimanche soir que de courir après de pauvres amoureux qui n'ont plus de silencieux et qui ne souhaitent qu'une seule chose : se retrouver tout fin seuls.
Minuit dimanche soir (ou lundi matin trop tôt, c'est selon), je descends à
peine de l'autobus et je ne souhaite qu'une seule chose, arriver enfin à
NDdB pour enfin me lover contre lui. On tourne à gauche, on gravit la côte King Ouest, j'ai un foutu pressentiment. M51 se range sur le côté et retire ses clés du contact, je ne comprends pas trop ce qui se passe quand je vois le reflet rouge et bleu d'un gyrophare. Il est nerveux, se met à la recherche de quelque chose. Le pire, c'est de voir leur grosse face hilares se pointer dans la fenêtre du véhicule.
- C't'une quelle année ta minoune? M51 cherche nerveusement son permis qu'il ne laisse jamais au même endroit. Full-fru assise en pied de bas, ne sait pas trop quoi penser de tout ça, j'essaie de la rassurer aussi bien que je peux. Les Boeufs, trop cons, trop morts de rire ne nous donnent même pas de 48 heures et repartent et repassent et repassent et repassent, comme s'ils n'avaient rien de mieux à faire que de repasser et repasser encore. Sauf que de s'arrêter en pleine côte, l'essence à l'arrière du réservoir, on ne peut plus redémarrer. Le frein d'urgence ne vaut rien, M51 a enfoncé le pied sur le frein et ne peut rien faire d'autre que d'espérer qu'il tienne.
- Tu as ton téléphone portable pour que je téléphone au CAA?
Appeler une remorqueuse pour qu'il nous tire de là. J'essaie de mettre le
plus de panique dans ma voix au téléphone pour que le répartiteur
comprenne bien que c'est urgent. Le gars me trouve drôle. Il trouve que j'ai de l'humour. À cette heure de la nuit, j'ai tout sauf de l'humour. J'ai plutôt une envie de panique dans les veines. Je n'arrête pas de me répéter que je suis bonne, que je n'ai pas encore perdu le contrôle, que le pire qui puisse arrivé, c'est qu'on dorme à Sherbrooke. On finit par avoir une remorque, je souligne au mécanicien qui descend de son camion qu'il n'a pas besoin de rire, qu'on sait très bien que la situation est grotesque. Toute la suite se déroule un peu comme un ballet pour réussir à sortir la voiture de son impasse, on est remorqué jusqu'au garage le plus proche. Par un hasard pas si hasardeux, un boeuf dans le lave-auto, un autre à la station d'essence d'en face et un autre sur le coin de la rue. On se sent un peu piégé. On peut enfin sortir de là et toutes ces émotions nous ont creusés. Un arrêt obligé pour un café et quelque chose à grignoter. Je fait ce que je peux pour accélérer les choses, même renverser mon café glacé sur mon ban. À la sortie du stationnement, on n'y échappe pas, un autre BOEUFS!, un autre merde! Il ne nous prend pas en chasse tout de suite. Il attend! Il attend que je sois bien sur les nerfs là! N'est-ce pas? Il attend que je sois sur le bord de craquer! Je ne peux plus faire autrement que de me mettre à rire. M51 sort de la voiture comme s'il avait ça toute sa vie, sortir d'une voiture et encore mieux, pour faire face aux boeufs. Moi je ris, je vais bientôt poigner les nerfs là moi! Une espèce de voiture passe à côté de nous. Genre de voiture, mise sur le neutre, elle avance à la seule pulsion des haut-parleurs qui crache des " poum! Poum! Tipouta! Petit poupoum! " C'est évident qu'elle fait beaucoup moins de pollution nocturne celui là!
M51 remonte dans la
voiture : L'art de la dérision nous sauvera.
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