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Assise entre fille autour d'un verre de vin blanc (Ah! Ce petit vin
blanc qui me tourne la tête) on finit invariablement par avoir des
discussions de femmes. Elles discutent toutes de leur étoile filante du
moment et moi, et bien, je ne dis rien. Comme je suis plutôt à la
poursuite de cette comète qui me provoque des étoiles filantes toutes
les nuits, je ne suis de la conversation que d'une oreille distraite.
Et puis tout à coup, elles se tournent toutes vers moi comme si elles
attendaient que je réponde à une question :
- Et toi ?
- Et moi quoi ? (Oh! Je crois que j'en ai manqué une moi!)
- Pourquoi tu en es tombée amoureuse de ton M51
- Ah! Non! Je ne vais pas être encore obligée de parler de lui ici? À
chaque fois, je commence et je n'ai pas terminé que vous roulez des
yeux d'ennui. Je vous emmerde ou quoi ?
- On ne veut pas savoir que c'est le gars le plus merveilleux du
monde, ça, on le sait déjà. Ce qu'on veut savoir c'est POURQUOI c'est
le gars le plus merveilleux du monde.
C'est la question que je déteste le plus au monde. Je la déteste parce
que les seules réponses que je trouve n'arrivent jamais à la cheville
de la réalité. C'est comme si l'amour, en se créant, avait oublié de se
créer un langage explicatif, un métalangage pour s'expliquer
lui-même. Pourquoi je t'aime, ce n'est pas une syntaxe française. Je me
demande si dans une autre langue, ça existe? Je pourrais toujours leur
servir que l'amour est un sentiment qui ne s'explique pas mais je leur
ai déjà servit celle-là et je sens qu'elles vont insister.
- Ah! C'est toujours une question piège ça.
- Allez! Réponds!
- Bien, M51, c'est
un homme.
- Tu nous étonnes !
- Arrête, c'est sérieux. C'est un homme dans le vrai sens du terme. Pas
un éternelle-adolescent-et-fière-de-l'être qui peuplent notre
génération. Il a ses côtés adolescents mais ça touche d'autres sphères
que l'amour. Il est pour moi, tout ce que personne n'a été pour
moi. Est-ce que quelqu'un a déjà fait 300 kilomètres en pleine nuit
pour venir vous rejoindre?
- … (Vol de mouche capté en pleine action !)
- Moi si! Et c'est tellement précieux. Et avec vos étoiles filantes du
moment, avez vous l'impression que vos rêves d'avenir sont pour une
autre époque?
- … (Courant d'air capté pendant un ouragan)
- Voilà! Le reste, de le dire ne serait que superflus.
- Mais disons que toi, si on se fît aux autres lutins qui ont peuplé ta
vie, ils sont loin d'être des deux de pique!
- J'avoue que pour moi, l'intelligence a BEAUCOUP de charme et M51 est de loin, celui
qui en a le plus…
* * *
Je viens à peine de raccrocher, je parlais avec Juliette. Quignon est
grouillant de vie. Il est chatouilleux, il est merveilleux. J'ai mis sa
photo sur le Desktop de mon ordinateur et je la contemple dès que je le
peux. J'en fait une véritable maladie. J'y pense tout le temps et ça me
permet de passer au travers de mes journées.
J'ai prévenue M51
que ça pouvait être pénible un peu mais que ça allumait ma fibre
maternelle cette histoire de petit Quignon mais qu'il
me donne deux semaines et j'allais être passée au travers de mon
trip!
- Et mon sentiment paternel, tu penses vraiment que je reste de glace
devant ce chérubin?
Mais je crois que ce qui reste le plus pénible dans toute cette
histoire, c'est que je vie tout ça de façon virtuelle de tous les
côtés. Avec Juliette par
téléphone et avec M51 par courrier
électronique. Au boulot, je leur donne 24 heures pour ne plus être
capable de supporter mes delirium tremens natals. Je suis toute seule
et personne de vraiment significatif pour le vivre. Alors
j'écris. J'écris beaucoup en ce moment. J'écris surtout pour moi.
D'ailleurs, il y avait bien longtemps que je n'avais pas ressenti ce
besoin physique d'écrire. Ce besoin qui se déplace des tripes au cœur
comme une vague de mer.
Je ne sais pas trop ce qui m'arrive en ce moment. Je me sens comme une
cocotte minute sur le point d'exploser. Mais plutôt que d'exploser une
bonne fois pour toute, je ne suis capable que de me laisser aller au
compte-gouttes. Mais des larmes dispersées ici et là dans les moments
les plus incongrus. Quand j'étais chez M51, j'ai ouvert le
journal et je suis tombée sur une nouvelle où on racontait les
funérailles d'un père de famille mort d'une piqûre de guêpe. Je
pleurais, je trouvais ça tellement triste. Puis, je me suis mise à
parler de mon grand-père qui ne va pas très bien et que je ne voulais
pas faire comme l'autre que je n'avais pas vu depuis un an quand il est
mort et j'étais repartie pour une autre tournée de larme.
Mais je sens que le barrage va bientôt céder. En espérant que ce soit
pour de bon cette fois.
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