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10 Septembre 2001
J'étais tellement naïve


État d'esprit Je ne trouve pas de mots pour décrire mon état d'esprit

Je descendais me chercher un simple café quand l'histoire du monde, pour moi a basculé. Agglutinés autour des écrans géants qui se trouvent dans les principaux lieux de rassemblement étudiants, près d'une centaine d'étudiants bloquaient le chemin. Un silence de mort planait. On entendait que le bourdonnement d'une voie qui parlait.

Cette voie était particulièrement rapide. Comme si quelque chose de grave s'était déroulé ! Quand j'ai réussi à m'avancer à une distance raisonnable afin que je voie l'écran, je n'y ai pas cru. Je ne voyais qu'une grande tour de laquelle s'échappait une épaisse fumée grise. Une petite légende au bas de l'écran m'annonçait que la deuxième tour était en train de s'effondrer. Je n'y comprenais pas grand chose. Je me demandais pourquoi tout le monde s'énervait pour une tour de New-York qui s'effondrait.

Je suis partie pour le café afin d'allumer une cigarette et je suis tombée sur Léon, Gwen et Gandalf l'oeil hagard, le teint pâle. Le silence, dans cette salle, était encore plus étouffant, plus pesant que partout ailleurs dans le monde sauf peut-être sur la lune. Quelqu'un venait de monter le son de l'écran habituellement réservé aux événements sportifs. Sur l'image, on voyait un avion gros comme mon pouce aller s'échouer dans une des tours. Je ne comprenais toujours pas cette ambiance étouffante. Je fouillais la foule du regard afin de comprendre quand au coeur de ma réflexion, des mots sont venus me rejoindre : "palestiniens... guerre... pirates de l'air... tragédie sans non "

Les images se sont succédées sous mes yeux et je suis devenue tellement mal. Je comprenais tranquillement que ma vie en Amérique ne serait plus jamais la même.

Tout était lourd ! L'air, l'ambiance, la lèvre inférieur des gens. Je devais retourner au laboratoire informatique. Je me disais que je discuterais avec mes autres collègues de la possibilité d'annuler le travail afin que nous allions tous suivre les événements quelque part.

Je me promenais dans les couloirs et tous les écrans télévisions qui sont habituellement sur un réseau interne étaient tournés vers New-York, vers Washington. Les gens s'attroupaient autour de ces écrans et le silence était le même que partout.

J'ai pris l'ascenseur pour monter et à mon arrivée en haut, les quatre autres filles rigolaient joyeusement. Je me demandais si je devais détruire en quelques phrases cette joyeuse innocence. J'explique brièvement sans donner trop de détails. Nous attendions en fait notre professeur. Elle était déjà vingt minutes en retard. Je me suis alors dit qu'elle devait être dans un de ces couloirs à suivre les événements alors j'ai choisi de retourner avec les autres au café. J'ai annoncé aux filles que j'allais peut-être revenir dans la demi-heure qui allait suivre.

Quand je suis retournée au café, on venait de m'annoncer que les cours étaient levés. À gauche et à droite, on discutait de façon enflammée de ce qui se passait. Régulièrement, quelqu'un lançait un retentissant : " Shuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuut!!! " On écoutait une déclaration, une nouvelle information qui entre sur les files de presse.

Puis je pense : " Juliette et Roméo ! Ils sont aux États-Unis. Je savais bien qu'ils ne sont pas à New-York et que rationnellement, ils ne craignent rien mais je m'inquiétais tout de même. J'essaie de leur téléphoner mais impossible d'avoir une ligne. Raccrochez et réessayez de nouveau.

Je regarde finalement l'heure, il est déjà temps pour moi d'aller travailler.
- Tu vas pas aller travailler ?
- Tu sais, même si l'Amérique vient d'être ébranlé, les gens continuent à manger du pain ! Je n'aiderais personne en n'allant pas travailler.

J'ai pris le métro mais tout avait l'air irréel. Les gens ne discutaient pas des événements entre eux, personne n'avait l'air hagard. RIEN! Je me sentais hors du temps, hors de la réalité. J'ai pris le journal du métro mais rien, s'était bien normal.

Je monte dans l'autobus et regarde mon cellulaire. Je regrettais de ne pas avoir ces petits bidules qui nous permettent de nous brancher sur Internet à même de notre appareil.

Dans la rue qui mène au boulot, habituellement à cette heure, les terrasses sont pleines alors qu'au moment où je suis passée, elles étaient pratiquement désertes.

Au travail, il y avait les extrêmes de réaction. Il y en avait une qui avait mal au ventre, mal au coeur, des bouffées de chaleur. Une autre qui ne voulait pas qu'on allume la radio comme si on ne savait pas, il n'y aurait rien qui se serait passé. Une autre qui ne parle pas, qui garde l'oreille à la radio. Moi je ne savais pas trop me comporter dans tout ça.

Notre clientèle essentiellement française se sentait lourde. Une d'elle m'a confié que depuis la deuxième guerre mondiale, les familles ont gardé des souvenirs amers de ce genre d'événement et craignent la guerre. C'est épouvantable qu'une guerre qui s'est terminée il y a 56 ans ait laissé des traces aussi fortes.

Hier soir, M51 et moi avons ouvert le divan pour y dormir. Je voulais écouter les nouvelles aussi longtemps que je pourrais garder les yeux ouverts.

J'ai très mal dormi. Je me réveillais régulièrement en pensant aux gens qui dormaient dans des parcs du New-Jersey à la belle étoile. Je pensais aux familles qui ne voient pas leur famille rentrer le soir. Sont-ils coincé dans New-York parce qu'ils ne peuvent pas rentrer ou sont-ils mort ?

Je souffre avec toutes ces familles aujourd'hui...

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