4 novembre 2000
Cachottière

" Dringgggggggggg" venait de retentir la sonnette interne des appartements. M51 sortit la tête des couvertures. " C'est sûrement le propriétaire " et en cœur nous entamons " On répond pas ! " . Nous étions bien que trop occupés. Alors sans bruit, nous avons poursuivit notre activité.

Mais un petit éclair a jailli dans mon esprit :
- Et si c'était le facteur ? Il peut sonner lui à sonnette interne, il a la clé de la porte d'en bas!
- Il nous laissera une petite carte.

Mais je savais bien que déjà, j'en avais trop dit. Pourquoi attendrais-je le facteur comme ça ? Si non que j'attendais un envoi important. Moi qui ne voulais absolument pas vendre la mèche. De toute façon, les chances que je ne reçoive cet envoi qu'avant plusieurs jours, voir même plusieurs semaines étaient plutôt fortes. Pourquoi alors décupler la frénésie et les trépidations de l'attente par des demandes du genre " Alors, tu l'as reçu ?"

J'ai tenté de conserver pour moi ma curiosité d'aller voir si la poste était passé durant les longues minutes qui suivirent pour ne pas approfondir les soupçons de M51.

De toute façon, j'avais de trop bonnes raisons pour ne pas me précipiter. Si on n'est pas habillée pour ouvrir au propriétaire, on ne l'est pas plus pour ouvrir au facteur.

J'avais tellement peur d'être déçue. Si ça n'avait justement été que le propriétaire, j'étais cuite! M51 finirait bien par s'interroger sur le facteur. Mais en deux temps trois mouvements, M51 a su me faire comprendre que s'il s'y intéresse, il ne le ferait que plus tard, après.

Après...

- Tu attends quelque chose ? (Merrrrrrrrdeeeeeeee, il s'y intéresse !)
- Non et oui lui répondis-je d'une voix hésitante. Mais j'étais plus que cuite. Comment pouvais-je maintenant reculer. Heureusement, mon homme est terriblement discret et respectueux. Je sais que si je suis assez ferme, il ne voudra pas aller plus loin que ce que je veuille bien lui donner. Mais en même temps, je ne suis pas confortable avec l'idée de lui cacher quelque chose et qu'il le sache.

Bah! Je vais descendre pour assouvir mon besoin de savoir. La robe de chambre fera l'affaire, pour une telle attente, mes voisins pourront certainement comprendre.

J'ai ouvert la porte et La voisine a ouvert la sienne au même moment.
- Attention, tu as un paquet qui pend à la poignée de ta porte!
Elle a du me prendre pour une vraie sauvage. J'ai empoigné le paquet sans autres délicatesses et je me suis mise à hurler comme si on m'avait remis le prix Goncourt en main propre. Je ne prenais même plus garde aux pans de ma robe de chambre qui auraient pu s'ouvrir.

En refermant, que dis-je, en claquant la porte derrière moi, j'ai lancé le paquet dans les airs. Sans autres cérémonies, sans même regarder l'expéditeur j'ai littéralement pulvérisé l'emballage pour en extraire son contenu ne laissant à M51 que de minces confettis pour comprendre ce qui se passait vraiment.
- Un livre ! Oh! Le livre ! Ne serait-ce pas celui dont tu m'as vaguement touché un mot l'autre jour après que tu m'aies fait lire l'article dans le Libération ?
C'était peine perdue pour une réponse, j'avais déjà le nez plongé dedans.

* * *

Un problème à l'horizon, j'ai un travail très important à remettre à la fin de la journée que je n'ai toujours pas terminé et je ne pense qu'à une chose, aller me foutre dans le livre de Philippe Lejeune " Cher Écran ".

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