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Je pourrai dire que les jours du temps des fêtes de l'année 2000 se sont suivit mais ne se sont pas ressemblés. Dans la nuit du 26 au 27, je fus prise de terribles douleurs à l'abdomen. Une douleur tout aussi similaire à celle qui m'avait terrassée cette fameuse nuit. Sauf que cette fois-ci, j'avais beau attendre, j'avais beau marché, me tortiller dans tous les sens, rien n'y faisait. La douleur était plus intense que toutes les douleurs que j'avais pu connaître au paravent. J'ai fini par réveiller M51, dans tous mes états. Je voulais aller à l'hôpital. Je voulais que ça arrête. Nous sommes partis en catastrophe, ne prenant avec nous que l'essentiel et un livre pour tuer le temps au cas où. Mais j'étais loin d'avoir le cœur à lire. La suite peut paraître parfois décousue. La douleur était tellement intense que j'ai souvent du mal à replacer les événements. Nous sommes arrivés à l'hôpital et je suis passée très vite au triage. Là encore, je me souviens de m'être tortillée comme un vers à soi au bout d'une ligne à pêche. Je pleurais, j'étais parfois étouffée par la douleur, arrivant à peine à respirer. Le médecin est entré...... colique aiguë ... vésicule biliaire ... garder... nuit ... échographie demain matin ... injection pour calmer la douleur... Enfin! Quelqu'un parlait de soulager ma douleur. On est venu me chercher en chaise roulante. Un jeune homme à la chevelure rouge. Une chaise roulante! Moi qui avais toujours rêvé d'une balade en chaise roulante. Je ne pouvais même pas en profiter. Puis une infirmière. Elle me posait des tas de questions auxquelles j'avais du mal à répondre. Je me tordais et rien n'indiquait encore la fin de mon calvaire. M51 restait près de moi, il ne me quittait pas d'une semelle. Je pleurais, je hurlais.
Puis enfin la seringue du bonheur, celle qui vous emporte sous des cieux plus cléments. Vers le sommeil un peu hallucinatoire. Même en pleine nuit, une urgence d'hôpital reste éveillée. On aurait envie que tout s'arrête un instant, le temps qu'on s'endorme. Les effets de la seringue furent éphémères. Quelques heures plus tard déjà, je souffrais de nouveau. Maman est arrivée. Je ne me souviens plus la dernière fois que j'avais souhaitée aussi fort qu'elle fût là. Une maman reste une maman, avec cette force intrinsecte de vous soulager un peu d'une caresse sur le front, d'un mot doux. Puis, j'ai fait un long voyage vers le centre d'échographie. Une sonde froide scrutait mes intérieurs, à la recherche du mal étrange. Le supplice fût tel mais ô combien révélateur! Une petite pierre 1.4 millimètre bouchait la sortie de la vésicule biliaire, laissant le liquide s'accumuler à l'intérieur. Beaucoup d'air restait accumulé dans l'abdomen, résultat; des douleurs accentuées par la pression de l'air. Rapidement, des seringues de bonheurs à volonté ou presque. Elles aussi fort plus efficace. Démérol se cachait sous le nom de ce rêve vaseux. Vite, très vite même, une chambre calme loin du bruit et des vas et viens. Une infirmière gentille et disponible au bout du doigt. Un lit infiniment plus confortable et un oreiller même. Le plus rassurant, M51 toujours auprès de moi. Son regard inquiet ne me quittait pas plus que sa main rassurante contre la mienne. Puis ils sont arrivés : Arthur , Mirabelle , Roméo et Juliette . Nous devions déjeuner avec eux le matin même. Leur présence me fît comme une immense chaleur dans le coeur. Quelques minutes à peine, assez pour me laisser assez de paix dans l'esprit pour dormir. M51 est resté très longtemps avec moi. Nous sommes restés couché longtemps côte à côte dans mon lit, les yeux rivés à l'écran du petit téléviseur. Il ne m'en fallait pas plus pour connaître une nuit plus supportable.
C'est vers 7h20 que j'ai quitté ma chambre pour la salle d'opération. J'avais eu le temps de prévenir M51 pour qu'il soit là à mon départ. Il a pu m'accompagner jusqu'aux dernières portes. Nos " au revoirs " furent un peu sanglotant dans mon cas. Je n'avais pas réellement peur mais c'était une étape que je trouvais difficile. Entrer dans cette grande pièce toute seule, entouré de tout ce froid matériel. Je sentais le vent froid de son absence dans mes mains vides et autour de mon corps nu sous une mince couverture.
Encore mille et une question, je ne faisais que répéter ces mêmes informations depuis deux jours :
Puis j'ai respiré dans leur masque, de l'oxygène. Puis, je suis partie sans compter les moutons. J'ai quitté mon corps pour quelques heures, le temps qu'ils retirent l'intruse qui s'était faufilée dans le canal de ma vésicule biliaire.
Le réveil fût tout aussi vaseux que le départ. Je n'avais envie que de dormir et on me demandait le numéro de ma chambre. LE NUMÉRO DE MA CHAMBRE! Vous n'avez qu'a le lire sur mon dossier ! Que serait-il arrivé si je leur avais répondu 1867 ? Me serais-je retrouvé dans un autre hôpital ? À ma chambre, j'ai tout de suite demandé une seringue de leur meilleur cru. Je voulais dormir, ma main dans celle de M51. Rien d'autre ne m'importait. J'ai dormi longtemps. À intervalle régulier, on venait observer les petits trous que j'avais autour du nombril. J'entendais parfois sa voix qui semblait chuchoter à un fantôme : Elle va très bien. Elle dort encore. Non, elle va rester ici cette nuit, c'est elle qui l'a demandé.
À mon réveille, j'avais faim ! Deux jours et deux nuits que je n'avais rien avalé, pas même une petite gorgée d'eau. Le hic, c'est que j'avais composé mon menu avec maman la veille alors que je sortais à peine du coma, encore toute nauséeuse. Résultat, je me suis retrouvée avec trois petits pruneaux, un muffin aux bananes et un verre de jus d'orange. J'aurais bien mangé quelques rôtis et deux ou trois petits yogourts avec ça! Pas de café ! Pas même une petite cigarette pour lire mon courrier en paix. Il était bel et bien temps que je rentre à la maison.
Quand les médecins sont arrivés, j'étais coiffée, j'étais déjà à moitié habillée. Je suis rentrée depuis hier et les choses vont beaucoup mieux merci. J'ai rapporté quelques souvenirs… |