55



Mon courrier électronique ne faisait que de me montrer cette grossièreté : "No mail" et je n'en pouvais plus alors j'ai décidé d'aller prendre le pouls de la ville qui renaît sous avril plutôt que de devenir folle en attendant.

Mais y a t'il vraiment un meilleur moyen de prendre le pouls de la ville qu'en se rendant aux abords de l'artère d'irrigation principale de la ville ? Direction Vieux-Port !

J'ai chaussé, en bonne Cendrillon que je suis, mes pantoufles non-griffées et je suis partie avec Malaussène sous le bras rejoindre le Marsu, riverain.

* * *

Après avoir observé les amours de deux couples de colles verts et avoir longuement disserté sur "Faut-il attendre ou se lancer", j'ai repris le chemin de la maison toujours en compagnie de ce qu'il me restait de Monsieur Malaussène. Mais par cet astre lumineux, je ne pouvais me résigner à m'engouffrer sous la terre. J'ai pris l'autobus. Cet autobus qui traverse la ville du sud au nord par une autre artère qui elle. . .

Une amie à une certaine époque m'avait chuchoté :
- Tu ne trouves pas que ça sent le multiculturalisme ?

Cette manière qu'elle avait de dire les choses un peu choquantes sans en avoir l'air. Cet autobus traverse la ville du sud au nord comme s'il faisait un tour du monde.

Il part de ce qu'il nous reste de Nouvelle-France version McDo, se dirige doucement vers Shanghai, Hongkong, en passant par les Phö de Saigon. Un peu plus loin, c'est Lisbonne et ses fresques sur terre cuite peintes à la main qui reste sagement emmurées près de la porte, habitant sagement la rue. Encore plus loin, un mélange dans la voix de Barcelone, de Mérida, Cartagène.

Mais l'endroit qui me fait le plus rêver, c'est quand l'autobus nous mène au travers de la la petite Italie avec sa boucherie Milano et sa cordonnerie de Dante, ses jacasseuses et ses sombres veuves.

Après la petite Italie, je ne sais plus. Je ne me suis jamais rendue plus loin. Qui sait ce que je pourrais y trouver : Port-au-Prince, Beyrouth ...




retour à la maison  || 4 avril  ||  Le monde avec mes yeux