Le mal par le mal



Jeudi 8 avril 1999
Quand j'ai ouvert les yeux ce matin, j'ai bien failli en faire une maladie : 10h48 ! Puis, j'ai pris une grande respiration et je me suis demandée après quoi je courrais comme ça. Je n'avais pas entendu l'ombre d'une petite cuillère sur le rebord d'une tasse, pas un souffle de vent, rien, j'étais dans les vapeurs les plus complètes. Même par un temps pareil, j'avais besoin d'air, j'avais envie de ne plus me voir dans le miroir. Quand je me suis assise devant mon écran pour lire mon courrier et que j'ai vu autant de messages, ça m'a un peu fait de bien. Mon petit billet d'hier m'a fait comprendre qu'il y avait encore du monde derrière mon écran :

- Alors on nous tape une petite déprime?
- Alors, on est plus contante de partir en voyage?
- Qu'est-ce qui te prends?

Il me prend que j'ai tellement laissé de place à foutu voyage que je commence à me demander si je n'ai pas négligé le reste.

J'ai alors attrapé le téléphone pour commencer ma tournée de "on se voit une dernière fois avant . . ." d'ailleurs je me disais qu'il y a des gens que je n'ai pas vus des mois voir des années qui tout à-coup se sentent obligé de me voir une dernière fois avant que je parte. Comme si l'avion allait obligatoirement tomber en chemin. C'est un rituel qui me donne un peu froid dans le dos.

J'ai commencé par les copines qu'il est difficile de rejoindre et que je ne reverrais pas avant quelques temps si je ne le faisais pas aujourd'hui.

* * *

Nous nous sommes données rendez-vous à l'université et nous sommes allées manger dans une espèce de cafétéria vietnamienne sur la rue St-André. J'avais envie d'être rigolote comme je sais l'être mais je n'y arrivais pas. Avant de la rencontrer, j'étais allée à la recherche d'un cahier de bord pour le voyage mais je n'arrivais pas à trouver quelque chose qui fasse mon bonheur. Je ne savais pas, je m'imaginais peut-être trouver un petit cahier avec une gentille boussole qui allait me dire où me diriger dans tout ça.

- Alors tes amours?

Pourquoi c'est toujours cette question là qu'on se pose les filles quand on va dîner ensemble. Comme si on était totalement incapable de parler d'autre chose. Je lui ai vaguement répondu que les choses n'étaient pas différentes pour moi, que je me compliquais la vie pour faire changement et que j'étais sur le point de mettre à jour le plus gros complot que je m'inflige contre ma propre santé mentale. Je lui disais que j'étais de prendre conscience de tout ce que j'ai appris dans mes 18 mois de célibat, je lui faisais la nomenclature de ce que je savais ce que je voulais et ce que je savais ce que je ne voulais pas. Et il y a une chose que je sais que je ne veux plus, se sont les casse-tête.

On est sorti du resto et je me sentais horriblement anxieuse. Soigner le mal par le mal, je me suis dirigée vers le cinéma du quartier Latin pour m'y perdre un peu dans un polar. Quelque chose qui vous couple le souffle, qui vous fait tourner les sangs, qui vous donne un "Dernier souffle".

* * *

Ce nombrilisme que j'ai prôné pour mieux vivre avec moi-même, la personne de qui je devrais connaître le mieux, commence à me peser un peu. Si on ne me le reproche pas carrément, on me le fait sentir très nettement. Mais il y a tellement longtemps que je m'écoute MOI sans vraiment écouter les autres, que je ne sais plus le faire. Cette habileté que j'avais d'écouter en étant capable de mettre de côté "ma petite personne " me vient de moins en moins naturellement. C'est frustrant!

C'est tout aussi frustrant de se rendre compte que nos propos sont beaucoup plus intelligents quand on les écrit que lorsque l'on parle. Je suis en train de perdre toute cette spontanéité qui m'habitait. Je passe mon temps à chercher à habiller mes propos pour qu'ils aient l'air intelligent mais le sont-ils vraiment? Avec mes envies de profondeur, je suis en train de perdre l'essentiel pour le remplacer par des phrases toutes faites que je sers et ressers au besoin sans même penser si elles sont utiles dans les circonstances. J'en oublie le silence. . . .

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Je commence à sentir vide de sens. . .




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