Le trône



Je passe peu de temps à trôner aux toilettes dans une journée. C'est une activité que j'expédie assez rapidement. Je ne ressens donc pas le besoin d'y traîner avec moi un bouquin ou un magazine.

Mais lorsque j'achète un nouveau magazine ou que j'ai lu un article particulièrement intéressant et que j'aimerais qu'il soit lu, je le laisse bien en vu sur le petit meuble devant la toilette. Je suis à peu près certaine d'en entendre parler d'ici deux ou trois jours, soit par une phrase que Roméo ou Juliette glisseront dans une conversation toute droit sortie de l'article . . .
- J'ai lu quelque part que . . .
Tu l'as lu dans la salle de bain!
Ou encore, un de nos invités me lance un clin d'oeil complice, sortant de la salle de bain, après y avoir passé quinze minutes en plein repas.

* * *

Avant d'aller au lit, je tournais en rond. Tout le monde se dirigeait vers ses appartements et je voyais le moment de l'isolement imminent.

Troisième stop avant de rejoindre ma chambre, après un dernier coup d'oeil à mon courrier (pour la trentième fois) et un dernier coup d'oeil au frigo pour un * hum * verre d'eau, c'est le dernier petit pipi, celui qui me laissera dormir demain matin.

Sur la petite table, face à la toilette, un magazine que je n'y avais pas placé moi-même. Une copie de L'Express International avec écrit au bas, sur une bande bleue:

Ils livrent leur passion, leurs lubies, leur vie sur le Web: LA FOLIE INTERNET

Je n'étonnerai personne si je vous dis que je l'ai kidnappé pour pouvoir l'étudier à mon aise . . . dans mon lit.

J'ai commencé à le lire en détails sans avaler une virgule. Plus j'avançais et plus je laissais tomber des mots, des phrases puis finalement des paragraphes entiers (deuxième droit imprescriptible du lecteur selon Penac, le droit de sauter des pages) lisant la première phrase, j'aurais pu écrire moi-même le reste, tellement c'est le même ramassis qu'on nous remâche sans cesse.

* * *

Grosso modo, on utilise le phénomène des Webcams et des gens qui font leur journal sur le Web (qui sont tous les deux des phénomènes assez isolés compte tenu de l'immensité du Web) pour faire le procès de l'Internet.

J'imagine que ce ne doit pas être la première fois que ça se fait mais comme le phénomène des diaristes Web en français est assez récent et que j'y suis encore qu'une novice, c'est la première fois que ça me saute aux yeux comme ça.

Deuxième truc qui m'a hérissé: on confond WebCam et les diaristes. Bon, si vous comparez les premiers paragraphes de ce billet, je vous le donne, il ne manque que la couleur de ma petite culotte et vous y seriez mais la différence, c'est qu'entre ma salle de bain et vous, il n'y a pas qu'une caméra et quelques mg et quelques puces. Il y a moi et mes 23 petites années de vie. Il y a ma tête, mon coeur qui aime ou pas. Finalement, il y a des litres d'encre et des kilomètres de papier.

* * *

Je vous quitte quelques jours . . . Je vais chez Maman lui donner un petit coup de main pour le ménage du printemps. Donc certainement pas de billet avant jeudi.

Mais j'aurai accès à mon courrier alors . . .




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