Tout ce qu'il me faut



Depuis hier, ma boîte vocale se rempli de messages que je n'aurai probablement pas le temps ni le courage de retourner d'ici samedi mais en général, on m'indique qu'ils ne s'attendent pas trop à ce que je le fasse alors je me sens pas trop coupable. La question à 100$ que tout le monde pose c'est :

- Alors! Tu as fini tes valises?

Avant je prenais la peine d'expliquer que j'attendais près qu'à la dernière minute question de pouvoir faire une dernière lessive la journée d'avant et d'avoir quelque chose à faire la nuit précédant mon départ. ;) Mais je recevais tellement de réprimande de la part de tout le monde que je préfère répondre :

- Je les ai près que terminées, il ne reste plus que les petits trucs de dernière minute.
Et ça semble satisfaire tout le monde.

* * *

Dans le chaos des messages, il m'arrive d'être capable d'intercepter un appel et cet après-midi j'en ai reçu un des plus déroutant. Une copine à qui je ne parle pas trop souvent mais surtout, ce genre de copine avec laquelle tu évites tous les sujets en bas de la ceinture parce que c'est la gêne et la fin de la conversation assurée.
Donc elle commence par l'éternelle question, celle que je n'évite pas depuis deux jours :

- Alors? Tu as terminé tes valises ? Tu as tout ce qu'il te faut?
- Oui, *hum* je les ai près que terminé, je suis allée faire des courses cet après-midi pour les derniers trucs.
- Mais tu as tout ce qu'il te faut ???
appuyant sur "tout ce qu'il te faut" comme si je devais y découvrir moi-même une grande vérité.
- Euh ? Oui, je crois, pellicule photo, dentifrice, sirop d'érable et bla bla bla...
quand j'ai eu un flash. Ce genre de question venant de sa part à elle, j'ai figé. De mes amis, de mes parents à la limite, la question m'aurait à peine saisit mais ELLE ? Puis j'ai décidé de m'en amuser un peu.
- Mais tu me prends pour qui ? Si tu t'imagines que je vais en Europe pour m'envoyer en l'air, tu vas être déçue ma belle parce que j'imagine mal comment et avec qui ! De toute façon, je ne pars pas pour un pays sous-développé! Ils en ont aussi à Paris!

Gaffe! Elle était tellement mal au bout du fil que je croyais qu'elle allait me raccrocher au nez.

- Je ne vouais pas être indiscrète mais je m'inquiétais pour toi et . . . et . . . . . . et ce fût la fontaine. . .

Elle pleurait comme une madeleine. Je me sentais tellement mal, je ne savais pas quoi dire . . .

- Ne t'en fait pas pour moi, tu sais que je suis prudente. Que j'en aies toujours avec moi, parfois même dans mon portefeuille et que je préfère passer pour une cochonne obsédée quand je sors ma carte d'assurance que d'être une pauvre idiote qui se dirait "J'aurais donc du. . .".

Elle reniflait, j'entendais distinctement son mouchoir frotter au combiner et les larmes s'écraser sur le micro. Je ne savais plus où me mettre. Je voulais seulement rigoler un peu.

- Arrête de pleurer Émilie, tu me mets tout à l'envers. Je suis touchée par tes préoccupations mais ne prends pas tout ceci autant à coeur. Il y a déjà moi qui en fait trop pour si peu, tu ne vas pas t'y mettre aussi ?

Je l'ai entendu rire au bout du fil et j'ai enfin respiré. Elle reniflait mais plus de grosses larmes sur le combiner. Je ne me rends pas toujours compte que je peux avoir un humour salé parfois auprès de mes amis. Mais je devrais pourtant comprendre. Je suis assez soupe au lait quand on rigole trop de moi. . .




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