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Je passe mes journées à répéter aux enfants toute la journée : On se met de la crème solaire ! On met son chapeau ! Tu as mis ta crème ? Approche que je sente avec mon nez magique ! Mmmm ? Tu es sûr ? Mon boulot, mon boulot et encore mon boulot. Je sais que je vous emmerde avec ça ces temps-ci mais quand je vous disais que c'est pire qu'une secte religieuse. J'aime tellement ce que je fais que j'ai beaucoup de mal à décrocher. Parce que ce genre de bou lot, il faut savoir être capable de décrocher si non on tourne en bourrique mais j'aime tellement ça. Une centaine de petites mains qui passent leur journée à vous accrocher le pantalon, vous jouer dans les cheveux, à réclamer de l'aide, c'est un pur bonh eur. Une cinquantaine de petites bouches qui parlent, mangent, réclament votre attention. Une centaine de yeux qui vous ne vous quitte plus, qu'il faut sécher à l'occasion, tout ça, c'est la vie. Plus le défi est gros, plus j'aime les relever. Au boulot, on l'a compris bien assez vite. Dès qu'on a un cas problème, on me l'envoie. Cette semaine, nous avons accueilli un petit qui a ce qu'on appel dans le jargon : Syndrome de Déficit d'Attention Grav e. En deux mots, l'hyperactivité. C'est une maladie du système nerveux qui envoi trop d'informations aux récepteurs. Résultat: un enfant qui a du mal à se concentrer sur une seule chose à la fois, il se transforme donc en véritable girouette. Ça mère est arrivée avec lui mardi matin. Elle avait les larmes aux yeux : Il a été renvoyé de deux camps de jour l'été dernier et du service de garde de son école cette année. Elle nous suppliât de le prendre à l'essaie au moins une avant-midi "juste pou r voir". Voilà un superbe défi pour un camp qui a besoin de se faire une réputation plus crédible dans le milieu. On décide donc de le prendre avec nous pour tout l'été et de ne pas le renvoyer. Les seules choses qui pourraient changer les choses c'est s'il met sa propre vie, celles des autres enfants ou celles de ces animateurs. Autrement, tout sera fait en notre pouvoir pour qu'il passe un été agréable comme les autres enfants. On travaillera en collaboration avec le pédopsychiatre qui le suit à l'hôpital. Tout ça c'est bien joli mais mis à part toutes ces belles théories, il nous faudra composer avec lui et les 80 autres enfants que nous avons. Hier, c'était à mon tour de le garder avec moi. Les trois autres filles qui travaillent avec moi n'en pouvaient p lus. Il a fait deux fugues, à frapper à plusieurs reprises l'une d'entre elles avec une force Herculéenne, a refuser de s'alimenter et de boire de l'eau pendant toute une journée. Alors hier, ma patronne est venue me voir :
- Tu as l'air de t'y connaître avec les enfants hyper-actif !
Elle n'avait pas besoin d'en dire plus, j'étais déjà à sa recherche. Il était juché sur un casier, regardant tranquillement ses chaussures. Je me suis assise parterre et je me suis mise à regarder mes chaussures. Comme je vous l'ai déjà dit, un enfant comme celui-là, ne peut pas se concentrer très longtemps. Au bout d'une minute où deux, il s'est mis à chercher quelque chose d'autre à faire m ais sur le dessus d'un casier, il n'y a pas beaucoup de stimulations. Alors il s'est mis à chercher à descendre. Mais c'est que les casiers font à peu près deux mètres de haut. Pour monter, c'est sans problèmes mais pour descendre, c'est autre chose. Il f aisait les cents pas cherchant le moyen d'échapper à la situation.
- Si tu ne t'en vas pas, je saute ! La journée n'a pas été sans heurt. Il m'a griffé à deux reprises parce que je tentais de le sortir de l'eau, j'ai dû l'asseoir sur mes genoux pour qu'il mange. Mais j'avais tout de même à m'occuper de 16 autres petits. Il n'a pas cherché à accaparer mon a ttention en permanence. Les 16 autres ont très bien compris. Le soir venu, sa mère est venue le chercher. Nous étions assis tous les deux parterre, cherchant ensemble une solution à un problème que nous causait notre construction de Lego.
- Mon grand, tu n'as pas quelque chose à dire à Maman? Il lui disait ça avec une immense fierté dans les yeux. Il avait passé une journée exceptionnelle pour lui et c'était vrai. Je ne veux pas m'approprier le crédit de cette magnifique journée.
- Je t'aime Zuby . . .
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