16 juillet
Le ridicule ne tue pas ou les pieds palmés




Dans notre programmation, nous avons une activité qui s'appelle " Super Momo " pour super moniteur. C'est une activité qui consiste à préparer quelque chose de très spécial, qu'on a peut de chance de refaire. Après avoir jouer à un twister géant la première semaine et être allé chanter des chansons aux infirmières en grève à l'hôpital d'à coté, j'avais envie de faire quelque chose qui décoiffe, quelque chose dont ils se souviendraient longtemps.

Bonne idée pour les mamans en manque d'idées pour occuper un après-midi. Prendre de la gouache de différentes couleurs, y ajouter un cinquième de savon à vaisselle de préférence sans couleur. Avec des pinceaux, peinturlurer le corps de ces chers enfants. Puis, avec une immense bassine, avec quelques éponges, démarrer une gigantesque guerre d'éponge. Ça marche à tout coup.

Me voilà donc en maillot de bain (moi qui retire mon chandail 45 secondes avant de me mettre à l'eau) et en tennis à me dandiner comme une poule avec un pinceau dans les mains dans la cours d'école. Les voitures passent dans la rue et nous klaxonnent. Sérieux, je me sens un peu humilié...

Je savais qu'en faisant cette activité, j'allais me mettre à dos 95 % des parents comme lorsque j'avais mis des brillants dans les cheveux tressés des petites Haïtiennes. Là, j'avais eu 100% des mamans haïtiennes sur mon dos. Mais j'ai pour mission de séduire les enfants à 95 % et les parents à un mince 5%.

J'en étais à distribuer les éponges en même temps que d'immenses rasades d'eau sur la bedaine quand je me rends compte que le rouge part difficilement. Oh! oh! ... Une fois de temps en temps, je passais dans la mêlé pour frotter un petit dos, un petit ventre, avec une éponge. Rien en faire. J'en ai même un qui, complètement recouvert de rouge, ressemblait à un énorme lait fouetté aux fraises. Je regarde le gâchis et je me dis qu'ils ne peuvent pas s'essuyer comme ça. La bassine se vide, je renvois la stagiaire en rechercher et encore mais pas assez d'eau. Je pense tout à coup aux douches de la piscine municipale juste à côté. Je vais aller leur demander...

- Tu vas où comme ça ?
- Euh ? me changer, je dois aller à la piscine et...
- Tu ne vas pas entrer dans nos locaux comme ça. Tu dégoulines de partout et tes souliers font flouch! flouch! flouch!
- Mais Alizée, je dois aller à la piscine et tu ne veux tout de même pas que j'y aille comme ça ?
- Pas mon problème mais tu ne salis pas les planchers.

J'ai hésité longtemps entre le ridicule et le courroux des parents. Je me suis donc dirigée vers la piscine Flouch ! Flouch ! Flouch ! Je pouvais déjà imaginer le petit sourire en coins du Life garde quand il allait me voir apparaître dans sa guérite.

Je n'ai pas eu à me prosterner pour qu'il me laisse venir avec mes quinze petits laits fouettés aux fraises même si la piscine était fermée. Mais il se foutait de ma gueule royalement.

Entre les petits cris stridents et mes séances de fricsionnage j'avais réussi à me passer sous l'eau un peu moi-même. Les enfants grelottaient. Ils s'auto-animaient. Ils chantaient des chansons tout en faisant des petites danses du soleil.

Nous sommes retournés Flouch ! Flouch ! Flouch ! vers nos locaux question de prendre la collation. Les enfants avaient étendu leur serviette sur le béton chaud et faisaient bronzette pendant que je me demandais comment j'allais expliquer cette grosse trace de doigt sur cette casquette ou cet immense point rouge sur le maillot blanc de l'autre.

Les enfants se sont bien amusés et moi aussi. Mais après, ils ont eux-mêmes réclamé une petite activité calme comme lire un livre...

* * *

Je ne sais pas si c'est dans l'infiniement petit ou l'infiniement grand que naissent le plus les potins. Moi je croyais que dans une micro cellule comme la notre, on serait toujours au courant de ce qui se passe et qu'on aurait au moins un peu de contrôle sur les informations qui circulent.

Je vous ai parlé de Ravin, le seul gars du groupe. Je l'appelle affectueusement le Matou de notre chatière. C'est un gars fantastique et affectueux qui sait y faire avec les jeunes. Mais il n'est pas tout à fait mon genre.

On a un jeu entre moniteur qui s'appelle l'ami secret. Pendant un temps déterminé, on doit faire de petits cadeaux et de petites douceurs à notre ami secret. Ou c'est lui mon ami secret ou il s'est acoquiné avec mon amie secrète pour me mélanger mais depuis lundi, il passe derrière moi et me fait des câlins en me disant que mon ami secret m'aime beaucoup.

Hier, ma coéquipière me demande entre deux bouchées de sandwich si entre moi et Ravin, potin potin ... Je me mets à rire en me disant qu'elle fait sûrement une blague. Un peu plus tard, ma patronne Alizée se penche sur moi et me pose la même question. Oh! oh ! Je ne suis pas la chatte de ce Matou !!

* * *

Je m'en vais pour le week-end. Je m'en vais chez Léon pour me reposer un peu. Je suis épuisée. Ma semaine à été fantastique mais j'ai besoin de pensée et surtout de parler d'autre chose que du boulot. Alors je vous revois vers 5h00 lundi matin...




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