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Ce soir, Montréal est chaude. Minuit passé, St-Denis grouille encore comme en début de soirée. Évidement, c'est par de ces soirées que danser devient vitale. Sangria s'évapore au font de mon verre, le bar se rempli comme mon verre, par secousse. La piste de danse devient un cirque où l'on vient échapper une dure journée de travail. Des corps moites refusent de s'immobiliser. Bousculée, un peu trop, je retourne avec les miens qui poursuivent l'invasion de nos boyaux par la sangria. Un énorme ventilateur suspendu au plafond souffle un air chaud. Les lumières tournoient, une salsa entraînante me pousse dans une solitude toute relative, on me quitte pour, un instant, danser. Je pose mes lourdes jambes sur la chaise en face et les observe. Je ne sais pas si c'est ce soleil de minuit ou la moiteur mais elles paraissent plus brunes qu'à l'habitude. Ce léger vêtement qui me couvre devient pesant, trempé. Une goûte de sueur se laisse descendre le long d'une de mes mèches bouclées pour finir sa course en s'écrasant de toute sa lourdeur sur la table et se mêlant aux cernes frais qu'ont laissé nos verres. Une autre s'écrasera bientôt mais s'écrasera sur ma jupe et laissera une informe petite trace foncée. Je ferais bien de ce fauteuil, mon lit pour la nuit. Le serveur s'approche pour débarrasser notre table de ses cadavres (mmmm ? J'ai l'impression de le connaître celui-là !). Il met ses doigts autour d'un verre où fond de la glace. Je le retiens du bout des miens. Cette glace me serait salutaire. Je lui commende un autre pot comme celui-là. Quand les autres rentreront de leur expédition au pays du corps à corps, ils seront bien contants de trouver à s'abreuver. Je lui demande aussi de rapporter des verres propres parce que ceux-là sont remplis d'empreintes de notre crime. Ce serveur passe et repasse devant moi et plus la soirée avance et plus de suis certaine de l'avoir vu quelque part. Je n'arrive plus à me souvenir dans quel mauvais téléroman je l'ai vu. Peut-être un bon finalement. La soirée avance, ma bande de loups assoiffés a vidé le pot et un écran humain empêche le serveur de se rendre à notre table. J'ai passé le chapeau et suis partie en expédition à la chasse à la Sangria. Au bar, c'est ce serveur dont la tête me revient qui m'adresse un sourire magnifique. Il m'apporte ce dont j'ai besoin et ajoute aussi un verre de glace avec un sourire complice. Je viens de me souvenir. Un téléroman (Ève, le même que le tien !) pour adolescents passant sur la chaîne nationale. Plus mignon en vrai... Les goûtes de sueur dessinent ma poitrine sous ma camisole. Plus aucune discrétion. Le seul gars de ma troupe me fait du pied sous la table. J'ai une folle envie de lui marcher sur les orteils en me levant pour aller à la salle de toilette. Homme du moment, je pense à toi, là plus qu'à n'importe qui. Je n'ai nul besoin de l'ivresse d'un autre. Un cube de glace que je fais voyager d'un doigt à l'autre s'évanouit laissant à peine une petite trace fraîche de son passage. Un autre que je fais glisser dans mon cou, laisse des coulées qui vont trouver refuge entre mes seins et au bas du dos. Dernier arrêt sur la piste de danse avant d'entamer le long voyage qui me mènera au pays de Morphée. Un homme du pays d'Allah me demande en un long souffle à mon oreille si je suis une des leurs. Désolée, ma religion, je ne la pratique que pour un seul homme. Je marche sur St-Denis qui grouille encore. Les terrasses sont pleines d'âmes qui ont trop chaud. Marcher sera ma seule planche de salut pour trouver un sommeil reposant. Ma scandale me meurtrit ce pied trop enflé par la chaleur. Je marcherais bien nu-pieds. Montréal est chaude par cette nuit. Mon lit sera un cercueil pour la nuit. La lune l'éclaire encore. Je ne bouge pas. Du vent léger passe et repasse en un vrombissement que je ne peux pas faire taire. Montréal est vraiment trop chaude.
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