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- Pardon, vous n'auriez pas vu passer un roman par hasard ? - . . . - Excusez-moi ! Un roman, des pages, des mots, vous savez, une histoire avec des personnages ? Une petite voix jaune avec de jolis yeux en amande et tous ridés, Chine, Viêt-nam ou Japon, peu importe. Cette petite voix jaune me parle et me répond dans ma tête. - Du calme ! Un l'oman dans ces l'ues, il y avait longtemps que l'on avait pas ça nous ici. Tu peux peut-êt'l'e demander à Mohamed. Peut-êt'l'e qu'il sait où tu pou'l'ais t'l'ouver ton l'oman. Maintenant, c'est la voix d'un enfant. Une voix quelque part entre Paris et l'autre côté de la Méditerranée.
- C'est pas moi qui l'ai pris ton putin de roman !
Pour la première fois depuis que je suis à Paris, j'ai eu une véritable frousse. Pourtant j'y étais allée à quelques reprises à Belleville. Ce quartier m'attire horriblement mais à chaque fois, je n'entrais pas réellement dans le quartier, préférant en faire le tour. C'était en fait la première fois que j'y allais totalement seule. À chaque fois, on m'attirait ailleurs, vers des trucs que je ne reconnaissais pas vraiment. Mais hier, rien n'allait m'empêcher de me balader où j'en avais envie. Je voulais voir l'hôpital St-Louis et le cinéma du Zèbre. La chaleur et le soleil intense avaient sorti les gens dans la rue. Ça fourmillait de partout. Heure de livraison je crois, d'énormes camions avec d'énormes morceaux de viande pendant au soleil, des boîtes de bois éventrées partout, des étalages de lunettes et de montres de mauvaise contrefaçon où derrière, des jeunes, cellulaire à la main me jettent un coup d'oeil méchant si je m'approche de trop près.
On me regarde d'un drôle d'air. Guide du Routard à la main et sac au dos,
je fais partie de celle qu'on a pas tellement envie de voir ici. Je sors
mon appareille photo et déjà des regards se font envieux. On m'avait
prévenu, vaux mieux garder le zoom discret. Main sur le sac et l'appareil
camouflé, on a tout de suite compris ce que je cherchais et on aime pas
du tout jouer les animaux de cirque ici. Mais partout c'est beau. C'est comme nul part ailleurs à Paris ou à Montréal. Il y a quelque chose là que je n'ai jamais vu. Partout on entend parler arabe ou chinois, drôle de mélange qui fait tout le charme. Mis à part les lunettes et les montres, il n'y a rien de faux. On se fout du reste. Pourvue que la ligne directe pour Hala (pas certaine que ça s'écrit comme ça) ou pour Bouddha se rende ici aussi et il faut un portable pour qu'ils puissent me joindre partout . J'ai marché dans les rues comme on roule en trombe sur l'autoroute, en faisant des angles morts et en m'assurant qu'on ne me serre pas de trop prêt. Je me suis rendue à l'hôpital qui a vu naître " Made in Alger " et pleins d'autres petits " Made in le monde ". Dans une file de taxi, deux prostitués discutent ferme avec un chauffeur qui ne veut pas leur faire un prix pour aller je ne sais pas où. Je ne m'attarde pas trop dans les endroits envahis préférant les petites ruelles où des serpillières sèchent aux fenêtres, où des femmes passent le balai tout en discutant avec la voisine du quatrième étage qui est à sa fenêtre. Elles se racontent le dernier mauvais coup de " Made in Alger ". Il y a une petite place plus loin où on mange des nouilles chinoises et du coucous mais ce ne sont pas des gens de Belleville mais d'autres routards comme moi qui veulent aussi voir du pays. Je ne m'y attarde pas longtemps, seulement le temps d'en griller une dans une impression de plus grande sécurité. Je mets enfin les voiles après avoir rechargé mon appareille dans une espèce de panique. J'avais des crampes dans le bras à force de le garder serré sur mon sac et le cerveau fatigué à force de le garder en veille constante. Mais c'est tellement beau ici.
Deux jours qu'il me reste. Mine de rien, la ronde des adieux a commencé. Ça a commencé par Gargil. J'avais le cur un peu serré. Avoir l'impression de n'avoir réussi à se dire le dixième de ce qu'on aurait pu à se dire. Mais ce n'est pas la dernière fois certainement et on se l'est promis. Que ce soit à Montréal ou encore à Paris, il y aura une prise II. C'est ça l'amitié outre-mer, ça se joue en épisode où à la fin, on se butte toujours sur " à suivre " à la fin. On voudrait donc une histoire " non-stop " mais il y tout de même 5 798 kilomètres. Il y aura toujours le mail mais plus rien à voir avec une petite bière au café de l'Industrie prêt du métro de la Bastille en face-à-face. Devant ma porte, un dernier " au revoir ", on se revoit bientôt, très bientôt j'espère. Puis, alors que j'ai presque la clé dans la serrure, un dernier coup de Klaxon et un dernier au revoir de la main. . .
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