4 septembre
Histoire de chaussettes




À mon avis, on sous-estime les drames qui peuvent se vivre dans un tiroir à sous-vêtement. L'histoire qui va suivre est un fait vécu et les personnages existent vraiment (et d'abord, je ne sais pas pour quoi j'ai besoin de dire ça puisque mes histoires sont toujours de vraies histoires).

Je suis de celles qui ont horreurs des chaussettes. J'en porte plus par obligation hygiénique et climatique que par soucie d'esthétisme. Dès que les chauds rayons de mai font leur apparition, je vire les bottes et les chaussures de ville pour dénuder mes *hum ! * jolis orteils dans mes scandales (morale de l'histoire je me suis retrouvée à Paris en mai dernier à marcher sur des pavés avec des scandales que je refusais d'enlever et qui me meurtrissaient le gros orteil). Je ne retrouverai mes souliers et mes bottes, par conséquent mes chaussettes que lorsque la neige m'y forcera.

Donc, à moins de randonnées pédestres qui demande les souliers de course, mes chaussettes passent tout l'été bien au frais dans leur grand tiroir à côté des petites culottes, des soutiens gorges et des bas-culottes.

Il y a un truc qui m'a toujours agacé, c'est qu'à chaque fois que je fais le lavage, à chaque fois, une de mes chaussettes se porte disparue. J'ai beau lancé des avis de recherche exhaustifs, la plus part du temps, je ne les retrouve jamais. Mais je ne me résigne pas à les mettre à la poubelle, comme si je m'attendais à ce que le fantôme bouffeur de chaussettes me les rende. Je fais un joli petit tas dans un coin du tiroir.

Mais chaque automne, quand je fais une nouvelle razzia de chaussette avant l'hiver, je me retrouve à ne plus avoir de place dans ce *(&?&%*&?% de tiroir. Alors je prends le joli petit tas et je le fous tout à la poubelle sans discernement. Là commence le drame.

* * *

Dans le fond d'un placard, traîne un grand sac de vêtements oubliés (Se sont les pire). Dans ce sac restent quelques jupes et pantalons que je ne pourrai probablement jamais plus porter mais je les garde en souvenir du bon vieux temps. Il y a aussi dans ce sac une vieille veste, vestige ancien d'un quelconque boulot.

Déménagement oblige, je suis obligée de me défaire de ces souvenirs. Avant d'offrir à ce sac un dernier voyage vers l'incinération et l'armée du salut, je passe mon sac à Juliette en lui disant :

- Regarde là-dedans, tu trouveras certainement quelque chose qui te plaira.

Quelques minutes plus tard elle arrive :

- Génial, le pantalon et la jupe beige me font. (Ceux que je préfère) Mais cette petite veste, tu ne devrais pas la jeter. Tu sais au cas où tu aurais froid...

Je n'ai jamais voulu la garder mais elle avait peut-être raison. Cet hiver, si je n'arrive plus à payer la facture d'électricité, peut-être serais-je heureuse de l'avoir quand je n'aurai pas de bête pour chauffer mon lit. Je décide donc de la mettre. Je me regarde dans le miroir. Un drôle de bosse déforme mon bras. Curieux... Dans des acrobaties pas possibles, je tente de dégager l'intrus. À petits coups, j'y arrive presque... Et je vois la petite boule de coton noire avec de petites fleurs mauves faire son apparition au bout de la manche.

Dans un grand cri, je me précipite sous les yeux ébahis de Juliette, vers mon tiroir à sous-vêtement. La veille, à 19h00, heure de Montréal, une pile de chaussette a quitté mon trottoir pour faire leur dernier grand voyage vers le dépotoir. Dans ce joli petit tas de chaussettes se trouvait une chaussette noire avec de jolies petites fleurs mauves dessus. Je me sens coupable. Depuis presque un an, cette chaussette attendait patiemment de retrouver sa douce moitié quelque part au fond d'un tiroir. Alors qu'elle allait enfin retrouver l'objet de son unicité, elle a du s'exiler de force sans savoir que dans quelques heures, son rêve allait se réaliser.

Je n'ai pas pu me résigner à jeter l'autre. Elle est la première de l'année à inaugurer le cimetière des chaussettes esseulées. De toute façon, même si je l'envoyais retrouver son alter ego, dans tout ce fouillis, jamais elle ne la retrouverait.




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