6 septembre
Une maison sans fenêtre




J'ai passé cinq ans du début de ma vie dans une grande maison à la campagne, sur une butte devant un immense verger. Devant la maison, deux très grands érables ont fait de l'ombre. L'un soutenait une balançoire artisanale que mon père m'avait fabriquée av ec une planche et deux grandes cordes. Ma mère avait un magnifique potager et des roses trémières sur le mur de la maison. J'ai quelques souvenirs aussi des fenêtres de cette maison. De vieilles fenêtres en bois un peu rustiques où il fallait placer des " Chassies doubles" à chaque automne et les enlever chaque printemps.

À la plus belle journée de l'automne, mes parents enlevaient les fenêtres de leur cadre pour les nettoyer. À chaque fois qu'ils faisaient ça, je ne manquais jamais d'aller me mettre le nez à la fenêtre pour y regarder. J'avais l'impression alors qu'on libérait la maison de ses barreaux, qu'on là laissait respirer. De plus, moi j'avais l'impression que je voyais les choses différemment. Plus rien, absolument rien pour bloquer mon champ de vision.... L'air entrait librement.

Hier, dans mon nouvel appartement, j'ai démonté la fenêtre de ma chambre pour la nettoyer. Avec l'humidité qu'il fait en ce moment, la tâche était plutôt laborieuse. Me retournant pour déposer la dernière fenêtre, une brise inopportune fît son entrée par- là. J'ai pris le temps, comme lorsque j'étais petite, de m'arrêter et de regarder la vie autrement. Pour peu, je me serais hissée sur le rebord pour m'y asseoir mais le vide, partout, même le vrai, me fait peur. Je suis restée là longtemps. Assez longtemp s pour voir ma rue vivre. Les voisins qui tondent le gazon, les femmes italiennes revenant du marché ou désherbant leur petit potager, mes deux charmants voisins, étudiants de l'université de Montréal que je peux espionner de la fenêtre de ma salle de bain, je ne le ferai pas... Juré !

Se sera le nouveau décors de "Laissez-moi vous montrer le monde avec mes yeux". Je viens de passer ma dernière nuit officielle sous le toit de Roméo et Juliette. Je viens de m'en rendre compte. Maintenant que j'y pense, elle fût plutôt agitée cette nuit. Les chats étaient horriblement actifs, l'air ne circulant pas, j'ai étouffé, tout ce désordre c'est...

* * *

Je crois que je me suis trouvée un boulot. Une petite entrevue à la sauvette hier, sur un coin de table et elle m'annonçait que j'étais prise à l'essaie samedi prochain dans l'après-midi. Je ne suis pas plus surprise que ça... Mais je me jure bien que cet emploi ne sera que temporaire. Je veux autre chose. Mais pour l'instant, ça servira à payer l'Internet et le beurre pour les épinards.

* * *

Je suis encore là à vous écrire alors que je devrais être en train de terminer le lavage et finir des boîtes. Je suis fatiguée et l'école recommence demain... C'est éprouvant.




L'année dernière

retour à la maison  ||  4 septembre  || 7 septembre  ||  Le monde avec mes yeux