Ce fameux Zubial
Depuis, le début des billets, je m'abstiens de vous parler du
Zubial (le livre, le personnage). J'ai peur de ne pas être
très objective. Mais aussi je n'arrivais pas tout à fait
à cerner pourquoi je suis si attachée à lui. Ce qui
m'a dessidé à vous en toucher mot aujourd'hui c'est que
j'ai reçu une lettre qui m'a un peu troublé.
J'ai promis de taire son nom. Notez bien qu'il n'y a pas d'accent parce
que j'ai copié directement de mon logiciel de courrier qui ne
supporte pas les accents:
Chere Zubial,
Je lis tes billets depuis que j'ai appris que nous avions une
passion commune, c'est-a-dire le Zubial. Je suis passe a travers tes
quelques 27 billets pour comprendre que tu ne souffles mot de lui. Bon je
comprends que tu n'es pas oblige de lui erriger un hotel et de faire
bruler de l'encens mais tu n'as aucune information sur Alexendre Jardin,
tu n'expliques pas qui est-il, ou qu'est-ce (l'ile des gaucher).
Je me demande a quoi ca sert de porter un pseudonyme aussi important que
lui et de ne jamais lui rendre grace.
Signe, une fan du Zubial (15 ans)
Honnêtement, je ne sais pas quoi te répondre. J'avais douze
ans lorsque j'ai lu mon premier roman de Jardin. Je le lisais en cachette
parce que mon pére trouvait que ce n'étais un roman
approprié pour mon âge. Depuis, j'ai toujours entretenu une
relation particulière avec chacun des personnages des histoires de
Jardin. Un fascination, une genre d'intimité. Oui, intimité
est le mot le plus approprié pour comprendre. J'ai choisi ce
pseudonyme comme d'autre choisirait le nom de leur chanteur
préféré. Le Zubial habite mon univers depuis le 14
décembre dernier. Normal que je l'intègre à un
billet qui veut vous faire le monde avec mes yeux.
Le Zubial est tout ce que je ne suis pas. Je vis dans mes rêves
mais ne vais jamais plus loin. Le Zubial ne rêve pas, il vie...
-Et président? lui demandai-je un jour. On peut devenir
Président de la République, nous? Parce que...ça me
plairait bien.
Il posa sa scie, réfléchit un instant et me répondit
avec le plus grand sérieux:
-Oui c'est possible...mais quand?
-Quoi quand?
-Quand veux-tu devenir un grand Président?
Il me prenait un peu de court; j'avais neuf ans et ne savais pas trop
quoi répondre. Mais son attitude me confirma dans l'idée
que l'affaire était jouable puisqu'il ne m'avait demandé
qu'une seule chose: quand?
À présent, je me rends compte de la beauté de sa
réaction. Le Zubial me permettait tout, pourvu que mes
désirs fussent exorbitants. Un père ordinaire eût
sans doute ricané devant une telle question; lui s'était
seulement inquiété de la date. Le Zubial croyait en la
puissance des envies lorsqu'elles sont illimitées. Était-ce
une naiveté? Sans doute, mais j'y vois aussi une sagesse, un
respect pour ce qu'il y a peut-être de plus précieux chez un
petit garçon, et en l'homme: les désirs.Dix-sept ans
aprè, je garde encore le goût des siens, si vifs, si
ensolleillants.
Alexendre Jardin "Le Zubial"
retour à la maison archives Zubialement Vôtre